Nous sommes surpris par le confort du train car nous nous attendions à pire. Nous passons 36h dans de bonnes conditions avec couchette, drap et clim fournis!!
Nous prenons le temps de réflechir un peu à ces premières semaines écoulées. Les deux choses les plus difficiles pour des cyclovoyageurs notamment dans le nord mais finalement un peu partout dans les plaines de l’Inde sont le manque d’espace calme pour poser la tente, et la pollution atmosphérique constante (nous ne nous souvenons pas avoir vu de ciel bleu depuis notre arrivée). On a la sensation d'être enfermé dans une bulle. Bien que certaines personnes nous aient mis en garde quant à la « dangerosité » de cet état, nous ne nous sommes jamais sentis en insécurité, bien au contraire, les gens ont été super gentils avec nous, nous avons été accueillis par un guru, des familles, on nous a donné des legumes, de l’eau,… bref comme d’habitude.
OK les gens répondent rarement quant ont les salue d’un « Namasté » (contrairement au népalais), nombre d’entre eux affichent un visage vide d’expression, ils nous fixent du regard sans dire un mot. Aussi, nous n’aurons jamais eu autant de gens autour de nous lorsque l’on s’arrête pour acheter à manger ou pour poser la tente, cuisiner ou même pendant que l’on dort. C’est assez particulier mais on s’y fait à la longue. Ce sera comme cela pour toute l’Inde sauf pour les états de Meghalaya et de Manipur (au nord-est).
Nous avons hâte de voir le sud et de connaitre enfin Auroville. Nous parcourrons 2000 km en train pour 2 raisons: nous souhaitons rester un mois à Auroville & notre visa est trop court (2 fois 90 jours). Une loi récente oblige après 3 mois tout voyageur français à sortir du pays puis y re-rentrer. Ne voulant pas prendre d'avion pour rejoindre le Sri Lanka (car pas de ferry possible), nous décidons de privilégier le train et de retourner au Népal (car le visa est moins cher que celui du Bangladesh).
Arrivés à Chennaï, nous sommes accueillis par des warmshowers dans un grand building avec piscine sur le toit. Après un court passage dans la ville, nous constatons que les rivières regorgent de plastiques. Il faut dire qu’en Inde les déchets éparpillés dans les rivières et le long des routes sont monnaie-courante! C’est devenu une activité banale de jeter ses déchets au sol. Le gouvernement n’a pas instauré de système de collecte partout. Certaines villes comme Kolkata ou Puducherry possèdent beaucoup de poubelles et les gens sont incités à les utiliser… cependant les mentalités sont longues à changer.
Il existe un état exemplaire dans le nord-est, le Sikkim. Il est le premier état bio-organique et écologique de l’Inde.
Après Chennaï, nous virevolterons jusqu'à Puducherry profitant pleinement des plages inoccupées et du soleil. Des moments de solitude appréciables pour nous autres amoureux de la tranquillité. Ici le ciel est bleu, l’air plus respirable, et les déchets un peu moins présents (surtout près des lieux touristiques).
Nous ferons deux belles rencontres sur le chemin:
*Bjorn, un ami Suedois rencontré sur la plage et qui nous offrira une nuit dans une somptueuse maisonnette en bambou + repas végan. Un beau moment d'échange et un sommeil réparateur!?
* Louisa, Antoine et leur fille Charlie, un superbe couple français. Leur rythme de vie est intéressant: 6 mois de travail en restauration, 6 mois de vacances! Nous passons de superbes moments de complicité et de fous rires tous les 5, comme de bons vieux amis. Nous nous retrouverons plusieurs fois sur la route menant à Auroville.
Qu’est ce qu’Auroville? Une ville alternative expérimentale basée sur l’unité humaine .
Crée dans les années 60’s par la compagne spirituelle du philosophe indien Sri Aurobindo, Mirra Alfassa (appelée « La Mère » ), la « ville de l’aurore” a pour vocation d’être, selon Elle, le lieu de vie d’une communauté universelle, où hommes et femmes apprendraient à vivre en paix et parfaite harmonie avec la nature, au-dela de toutes croyances, opinions politiques et nationalités.
Nous decrouvrons petit à petit comment le lieu est aménagé. Dès le premier soir nous sommes reçus par les employés d’un magasin de vélo nommé à juste titre Aurovélo. (La Mère étant française il y a une communauté importante de frenchos, cela expliquerait Aurovélo, et non Aurobike...?!). Bref, ils nous proposent de rester le temps que l’on souhaite à côté du magasin, un endroit aménagé spécialement pour les cyclovoyageurs. Nous en profiterons pour réparer deux-trois petits pépins sur nos bécanes avant de partir à la découverte de la ville.
La ville est découpée en quartiers formant 12 pétales autour de la pièce maîtresse et âme de la cité: le “Matrimandir”. C’est LE lieu de méditation par excellence. Nous avons eu la chance de pouvoir le visiter et d’y méditer quelques instants dans un silence profondément apaisant. Une belle connexion dans cette immense boule dorée.
L’organisation spatiale de la cité forme une galaxie selon la vision originelle de la Mère.
Ces quartiers comprennent differentes unités de travail comme l’agriculture (bio pour certaines, en permaculture pour d’autres), l’éducation (avec de nombreuses écoles alternatives), la construction durable (maisons en terre paille, en bambou…), l’artisanat (production de savons organiques, encens, lessives, vêtements, …)
Auroville recherche l’autosuffisance à tous les niveaux, quasiment tous les produits de première nécessité sont donc locaux.
Il faut rappeler qu’à ses débuts seuls 2-3 banians (célèbres arbres indiens, ils seraient immortels et ont la particularité d’avoir des branches qui creusent le sol pour créer de nouveaux troncs!) pointaient le bout de leurs tronc, le terrain était presque désertique et la reforestation fut LA priorité absolue. Aujourd’hui une impressionnante forêt à jailli du sable rouge!
Nous goûtons la précieuse eau aurovillienne. L’eau est une constituante importante de notre corps, elle vit et possède une mémoire. [A ce propos, nous vous conseillons le documentaire “
Water” qui montre entre autre l’importance de réinformer l’eau que nous buvons en la dynamisant et la revivifiant. Cela peut se faire en formant un tourbillon tel que le tore, en lui envoyant de belles intentions et/ou en laissant l’eau écouter de la musique en 432hertz. Voilà l’eau que nous buvions à
Auroville. Un pur cocktail de hautes fréquences vibratoires!
Nous aurions voulus être volontaires dans certains lieux mais il fallait débourser une somme que nous ne pouvions assumer (nous devons économiser si l’on veut atteindre le Japon).
Cela ne nous a pas empêché d’en savoir un peu plus sur des lieux comme Saddhana Forest. Vouée à la reforestation, on y vit des journées en mode minimaliste ou plutôt en communion avec le rythme de la nature où méditation, respect du vivant et véganisme sont évidemment les bases.
La Solitude Farm est l’un des endroit qui nous a le plus touché. Son propriétaire, Krishna McKenzie, est un passionné de permaculture. Il suit d’ailleurs la méthode Fukuoka qu’il a personnellement rencontré.
Sacred Groove est un lieu ou des architectes et amoureux de la terre-paille se retrouvent pour confectioner des maisons composées de différents matériaux tous naturels et écologiques.
Le jardin botannique est un lieu préservé avec attention car la Mère avait un amour fou pour les fleurs. Sont conservés fleurs, plantes, arbres, cactus,… Ce jardin possède une grande pépinière où grandissent les futurs arbres de la forêt aurovilienne.
Le Youth Center, ou Centre Culturel pour enfants et grands enfants est l’endroit par excellence où chacun peut venir jouer, créer, discuter, bref se divertir et profiter de maisons construites dans les arbres.
Humains des 4 coins du monde vivent ici, certains depuis déjà 2 ou 3 générations. Les aurovilliens ne sont pas propriétaires de leur maison, s’ils decident de quitter la communauté, ils seront remboursés de leur investissement en partie seulement. Les propriétés appartiennent à l’ensemble de la communauté.
Tout comme il y a diversité de nationalités, il y a aussi une diversité de pensées. Bien sûr la pensée maîtresse reste celle de la Mère, vous pouvez rencontrer des aurovilliens qui vivent de manière simple, écologique et organique. Pour autant il y en a d’autres qui vivent dans des maisons de béton, l’air climatisé fonctionnant H24 toute l’année, consommant sans conscience... Cela n’est pas si mal et ça n’est pas un jugement. L’idée d’Auroville est de vivre ensemble peu importe nos différences. Un bel exemple transposable sur notre société actuelle. La séparation entre individus est une illusion. La vraie séparation elle se passe à l’intérieur, lorsqu’on brise le lien avec notre « divinité ». Le secret d’un monde qui évolue est l’Unité. “We are ONE, this is the KEY, this is the SECRET”.